Nul ne peut ignorer les risques auxquels les banques sont exposées dans le cadre de leur activité d'intermédiation et de marché. Elles sont intrinsèquement vulnérables du fait de l’asymétrie de leur bilan :
- A l’actif les avoirs et créances sont incertains en valeur et en volume et peu liquides
- Au passif les engagements sont certains en volume et incertains en valeur et très liquides (dépôts à vue)
Sans oublier le risque latent du hors bilan car in fine les engagements par signature sont des risques bilantiels
En dépit des risques inhérents, les banques ne cessent de prendre des risques excessifs croyant que risque et rendement vont dans le même sens. Une exposition pareille, en l’absence de gardes-fou institionnels, constitue un véritable risque systèmique aux conséquences désastreuses.
La prise de risque chez les banques
On dénombre 4 principaux canaux:
1. l’effet yield appetite : si les taux d’intérêt (à court et long termes) sont bas, et surtout si les opérateurs pensent qu’ils vont le rester assez longtemps, les investisseurs (et les banques) recherchent des actifs plus risqués pour leurs placements. L’aversion au risque diminue, à la fois parce que les comportements de prise supplémentaire de risque sont intégrés par les marchés (offre et demande) et parce qu’ils sont validés par la montée des valorisations boursières et des revenus
2. l’effet concurrence : dans un contexte de liquidité abondante et de concurrence croissante, les banques sont incitées, soit à prêter de plus en plus, donc à réduire leurs marges d’intérêt, à diminuer leurs demandes de collatéraux soit à racheter les actions. Mais elles iront plutôt dans la voie de crédits supplémentaires, pour des raisons, disent-elles, de clientèle, de parts de marché, de maximisation de profit sur longue période.
3. l’effet accoutumance au risque : en phase d’activité ascendante, compte tenu du fait que les sinistres ne se manifestent pas (encore), l’aversion au risque diminue
4. l’effet « financiarisation des comportements bancaires » : la phase de taux bas lie les besoins de financement de la banque à la situation des marchés. L’horizon temporel de la banque se réduit au fur et à mesure qu’elle obtient une part croissante de son funding et de ses revenus par les marchés. Cette double tendance, à la montée des crédits au moment où les taux d’intérêt sont faibles et à la financiarisation des comportements de la banque se poursuit d’autant que :
- les agents pensent que cette situation de taux bas va se prolonger, autrement dit que le risque inflationniste est sous contrôle ;
- les mesures de risque ne prennent pas réellement en compte les effets potentiels de ces nouveaux crédits. Les valorisations des actifs se trouvent en effet plutôt accrues, ce qui diminue leurs probabilités anticipées de défaut , de pertes sur crédits (Loss Given Default – LGD) ;
Le comportement de la banque se met à changer. Elle passe d’une logique de transformation, qui consiste à suivre sa liquidité, à mesurer et escorter le risque de contrepartie dans la durée, à une logique de refinancement par les marchés qui est, à la fois, plus globale, plus à court terme, et plus rentable (du moins dans l’immédiat).
Le risque systèmique
Selon l’analyse la plus répandue, le risque systémique trouve sa source dans les échecs du marché, d’une part, et dans l’existence de mécanismes de propagation et d’amplification des risques, d’autre part (Banque d’Angleterre, 2009).
Trois types d’échecs du marché peuvent ainsi conduire au risque de système :
- problème d’incitation : certaines politiques (assurance des dépôts et bonus) et surtout certaines innovations (titrisation) ont des effets négatifs non désirés, poussant à des prises de risque d’autant plus fortes qu’elles ne sont pas perçues ;
- problème d’information : les marchés échouent en situation d’asymétries d’information conduisant les créanciers à douter de la qualité des titres (sélection adverse) ou lorsque les créanciers sont dans l’incapacité d’observer l’action des banques dans le cadre de la relation principal-agent (aléa moral), ce qui peut conduire à des paniques bancaires ;
- problème de coordination : les acteurs financiers jugent la performance d’un acteur individuel à partir des benchmarks du marché. Cette forme de coordination favorise des comportements mimétiques qui conduisent à des emballements pouvant donner lieu à des bulles financières.
Deux mécanismes contribuent à la propagation et à l’amplification des risques systémiques :
• le phénomène de procyclicité : les institutions financières, ainsi que des entreprises industrielles et des ménages ont collectivement tendance à sous-estimer les risques et à se surexposer aux risques pendant la phase ascendante des cycles du crédit, et, symétriquement, à surestimer les risques et à faire preuve d’une aversion excessive au risque dans la phase descendante du cycle ;
• la présence d’externalités : les banques individuelles sont dans l’incapacité de prendre en compte les effets de leurs comportements sur le reste du système financier (spill over effects).
L’ensemble de ces comportements et de ces imperfections conduit à une transmission des tensions au sein du système financier et à la sphère réelle de l’économie à travers deux canaux principaux : les effets de levier et les déséquilibres au sein des bilans (maturity mismatch).
La politique macro-prudentielle doit donc chercher à :
• réduire les imperfections de marché ;
• réduire la procyclicité spontanée des acteurs financiers en favorisant
Exigences de Bâle III
Stabilité financière assurée mais à quel prix?
Principales mesures recommandées dans le cadre des accords de Bâle III (ce tableau figure en version anglaise dans http://www.bis.org/bcbs/basel3.htm
Ces mesures supposent le renflouement des banques pour se conformer à Bâle II (couverture risque opérationnel) et Bâle III (coussin de protection et contracycliques et recapitalisation au sens du Tier I). Toutes choses égales par ailleurs, ces nouvelles règles devraient fortement diminuer la rentabilité du secteur et renchérir les conditions de crédit..
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Ratio |
Mesures |
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Ratio de solvabilité
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tier 1 (capital + réserves + intérêts minoritaires + goodwill) passe de 4 à 6 % (à partir de 2013) |
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au sein du tier 1, le core tier 1 (capital + réserves) passe de 2 à 4,5 % (à partir de 2013) et un core tier 1 minimum de 7 % au 1er janvier 2019
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un matelas de protection de 2,5 % (à partir de 2019) |
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un matelas contracyclique de 0 à 2,5 % selon les circonstances nationales (date non fixée). (selon décision des autorités nationales, face à une surchauffe du crédit), ceci avec une éventuelle surcharge en capital pour les établissements systémiques
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Soit au total un ratio tier 1 d’au moins 8,5 % (ratio tier 1 + tier 2 > 8 % + matelas 2,5 %).
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Ratios de liquidité (à partir de 2018) :
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actifs liquides haute qualité/engagements à 30 jours > 100 % |
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ressources stables à 1 an/engagements à 1 an > 100 %. |
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Ratio de levier (en test de 2013 à 2017) :
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tier 1/actifs > 3 %. |