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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


Lecture socio-politique des révolutions arabes

Publié le 18 Août 2013, 18:39pm

Catégories : #Mes écrits

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Les peuples qui se sont soulevés héroïquement depuis décembre 2010 pour rompre avec leur passivité et racheter leur liberté et leur dignité expropriées par des tyrans qui leur imposaient par la force, soumission, servitude, abnégation et loyauté ne s'attendaient point que leur action va bouleverser manifestement l’échiquier mondial.

Un mouvement de contestation populaire sans précédant s’est engagé dans des révolutions libertines sans soubassement idéologique, sans ingérence des partis politiques et surtout sans intervention de l'extérieur.

 

La Tunisie, comme dans tous les pays communément appelés pays du printemps arabe, a déclenche le processus des revendications populaires avec pratiquement le triptyque: Dignité, liberté et équité.

 

Mais, est-il légitime de savoir comment se fait–il qu’un peuple en toute conscience accepte de passer d’un environnement paisible caractérisé par l’aversion au risque, la stabilité à une situation où la peur, l’angoisse, l’incertitude l’emporte et le conduisant à se soulever, pacifiquement, contre des tyrans sanguinaires?

 

La sociologie politique nous enseigne que les personnes sans se connaître, peuvent se reconnaître comme semblables dans un mouvement de foule né à partir d'une trilogie espace-temps-thème (Gustave Le Bon, Psychologie des foules (1895)). Il n’y a pas de lien affectif organique identifiable. Elles peuvent être reliées par un intérêt économique (l’équité sociale, la répartition égalitaire des richesses), par un état affectif de circonstance ou par une motivation collective forte (le cas de l’immolation de M. Bouazizi).

 

La réaction de la foule est imprévisible car elle suit une fonction comportementale à double entrée ; les réactions individuelles isolées et la réaction de masse. Luong CL. Dans Psychologie de foule : psychose et hystérie collectives ou « Mass sociogenic Illness décrit le mouvement de masse selon une approche phénoménologie qui la qualifie d’une situation sanitaire plutôt qu’une une situation de troubles de l’ordre public.

 

Évanouissement de la personnalité consciente, prédominance de la personnalité inconsciente, orientation par voie de suggestion et de contagion des sentiments et des idées dans un même sens, tendance à transformer immédiatement en acte les idées suggérées, tels sont les principaux caractères de l'individu en foule. Il n'est plus lui-même, mais un automate que sa volonté est devenue impuissante à guider.

 

L’action collective, inattendue, de la foule est souvent le résultat d’un cumul d’un processus de refoulement par rapport aux tabous idéologiques et autoritaires, mais aussi d’une vie quotidienne devenue économiquement plus difficile et surtout le développement de certaines convictions comme “il n y a de plus pire que ce qu’on est entrain de vivre” ou “un peuple opprimé mérite où bien une vie décente où bien la mort”. En fait, la manifestation d’une telle attitude, quand elle est dominée par l’oppression, déclenchent une cascade de réactions difficiles à contrôler.

 

Un ensemble d’interactions se met donc en place entre la population et l’État. Pendant ces interactions, la foule fait part de ses exigences (parfois fantasques) et l’État, en retour, se positionne.

 

Selon le degré de détermination des foules et la capacité de réaction de l’État, le résultat final pourra être une foule incontrôlable qui prend le pouvoir (émeute, révolution… et qui va essayer de se satisfaire elle-même en prenant son avenir en main. Ou bien, à l’autre extrême, une foule qui se fait mater par un pouvoir fort, lequel lui permet, de façon certes assez paradoxale, de réprimer son angoisse (instauration d’un pouvoir encore plus fort, la super-dictature…).

 

L’État autoritaire rassure en donnant l’illusion qu’il maîtrise la situation et qu’il peut ordonner la vie de la société de façon satisfaisante et motivante. Encore une fois, si la foule méprise un pouvoir faible ou une autorité qui ne parvient pas à lui parler, elle se courbe volontiers devant un pouvoir fort et autoritaire adoptant ainsi un comportement servile. Entre ces deux extrêmes qui voient la victoire de l’un des deux protagonistes, des solutions intermédiaires sont évidemment possibles: l’État peut par exemple courtiser l’opposition ou les leaders populaires en adoptant certaines mesures démagogiques afin de le flatter et de calmer sa colère montante.

 

Mais ce faisant, il risque de se faire déborder par la masse. Il essaiera ainsi de rechercher de boucs émissaires et d’alterner des mesures populaires et impopulaires de façon à conserver la maîtrise du pouvoir. On retient l’exemple du comportement des dictateurs arabes face aux revendications populaires.

 

 

Les individus d’une foule semblent bénéficier par ailleurs d’un sentiment d’impunité et d’irresponsabilité par rapport à leurs actes, d’où les débordements des foules. L’individu peut ainsi sacrifier son intérêt personnel au profit du groupe. Un individu totalement pacifique peut perdre son jugement, se laisser emporter par la furia de la foule et commettre des exactions dont il serait incapable seul. Une foule refuse tout dialogue. Elle peut facilement se soulèver contre une autorité faible, mais difficilement voire exceptionellement si l’autorité est forte.

 

Après le limogeage du dictateur et dans un climat de transition et de doute, la foule se comporte d’une manière infantile: elle a besoin d’être rassurée et d’avoir le sentiment d’être écoutée. Elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour, d’une manière ou d’une autre, retrouver la tranquillité. Mais tant qu’elle ne l’a pas obtenue, elle reste en lutte pour être satisfaite. L’État en situation de transition devient de fait le principal interlocuteur des foules car c’est lui qui détient le plus de pouvoirs et qui a pour fonction régalienne le maintien de l’ordre.

 

Cependant, deux situations se présentent:

 

L’Etat, a personnalité forte, arrive à convaincre la masse qu’elle rétablira l’ordre et satisfaire les revendications du peuple. Dans ce cas, le mouvement de masse perd de plus en plus ce qui faisait sa cohésion, son unité et sa force. Il ne serait plus qu'une poussière d'individus isolés et redevient ce qu'elle était à son point de départ.

 

L’Etat agit, la masse déplore

 

L’Etat s’efforce d’amoindrir les aptitudes de la foule à l'action et surtout à la réaction en agissant sur l'égoïsme individuel capable de rompre la cohésion collective, mais la masse vigilante résiste et retrouve son unité. Dans ce cas, l’Etat n’aura pas le choix, il se soumet à son peuple tout en poursuivant sa quête pour rétablir l’ordre public ou la suprématie de l’Etat.

L’Etat agit, la masse réagit

Stratégies de manipulation de masse de Noam Chomsky

1/ La stratégie de la diversion

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »


2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics.



3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.



4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu.



5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-age ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »



6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements…



7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »



8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte…



9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!…



10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie, et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

Lecture socio-politique des révolutions arabes

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