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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


La règle de Taylor: mécanisme essentiel dans le pilotage de la politique monétaire

Publié par Fety sur 20 Août 2013, 08:50am

La théorie économique et les autorités monétaires semblent s’accorder pour concevoir et mettre en oeuvre une même politique monétaire, définie en tant que règle active centrée sur un objectif d’inflation (inflation targeting).

Les règles monétaires actives ou contingentes s’opposent aux premières règles mises en place, c’est-à-dire à la fois aux règles passives et aux politiques discrétionnaires :
I Les règles passives avec Friedman, visant une croissance stable et modérée de la masse monétaire (règle de taux constants k %) (première règle avec Simons (1936) : la règle de couverture 100% or).
Mais ces règles passives souffrent d’un manque de flexibilité ;
I Les politiques discrétionnaires, agissant au coup par coup (dont l’objectif est la stabilité de l’activité économique).
Mais ces règles discrétionnaires conduisent à des biais inflationnistes (tentation de tricher pour la BC) et à une absence de transparence.

Les règles monétaires actives apparaissent comme la solution la plus efficace pour une banque centrale cherchant I à stabiliser l’inflation à un niveau cible et à limiter les fluctuations macroéconomiques (stabiliser l’activité économique), sans pour autant éliminer leur champ d’actions discrétionnaires.

La règle de Taylor (Taylor, 1993 et 1998) est la référence centrale de ces règles monétaires actives et l’expression de ces conceptions communes.
Elle lie, de manière linéaire, le taux d’intérêt nominal (l’instrument privilégié de la politique monétaire) à l’écart entre l’inflation actuelle observée et l’inflation cible (l’objectif d’inflation des autorités monétaires) - définie souvent comme la stabilité des prix l’output gap (la différence entre output effectif et output potentiel, celui qui se réaliserait si l’économie fonctionnait de manière compétitive), et I un résidu purement aléatoire appelé le « choc de politique économique », non-corrélé avec l’inflation ni l’output gap.

La règle de Taylor a une double interprétation :
1. Description de la politique monétaire à différentes périodes, c’est-à-dire examiner différents épisodes de l’histoire monétaire, et donc appréhender le comportement
d’une BC en matière de conduite de la politique monétaire.
2. Anticipation et prescription du taux d’intérêt que la BC doit fixer en réponse à l’inflation et à l’activité réelle.
Indication du poids alloué à la stabilisation de l’inflation et à l’élimination de l’output gap.

D’un point de vue normatif, la règle de Taylor – en comparant le taux d’intérêt issu de la règle de Taylor au taux d’intérêt à court terme observé sur le marché – permet de juger l’adéquation de la politique monétaire aux variables économiques fondamentales.

Le succès de la règle de Taylor vient du fait qu’elle permet d’expliquer, au moins sur une certaine période, le comportement de banques centrales (BC), comme la Fed, la
Banque du Japon et certaines banques centrales européennes.
Par conséquent, ce modèle fait référence parmi les économistes de banques et d’instituts de conjoncture chargés d’analyser et d’anticiper les comportements de banques
centrales.

2. La règle de Taylor
La forme générale des règles monétaires actives est
r = f (Xt¡i ) avec i 2 Z

I r est le taux d’intérêt nominal, c’est-à-dire l’instrument de la politique monétaire
I Xt¡i est un ensemble de variables de conditionnement
La règle de Taylor peut s’exprimer de la manière suivante
it = ¹r + ¼t + ¯1 (¼t ¡ ^¼t ) + ¯2 (yt ¡ y¤t )

I it : le taux d’intérêt à court terme (taux d’intervention de la BC)
I ¼t : le taux d’inflation (annuel)
I ^¼t : le taux d’inflation cible
I yt ¡ y¤
t : l’output gap, cad l’écart entre le PIB courant (yt )
et le PIB potentiel (y¤
t )
I ¹r : le taux réel neutre (ou taux d’intérêt réel permettant l’équilibre de long terme)
I ¯1 et ¯2 : des paramètres positifs
Une difficulté est de définir le taux réel neutre ¹r .
Il est habituel d’identifier ce taux neutre à la croissance potentielle de l’économie ou croissance tendancielle de l’économie (par référence à la théorie néo-classique de la croissance), cad la croissance soutenable sans inflation
excessive.
On pose alors ¹r = y¤ ou encore ¹rt = y¤
t si le taux réel neutre et
la croissance potentielle sont susceptibles de varier au cours du temps.
La règle de Taylor devient alors
it = y¤
t + ¼t + ¯1(¼t ¡ ^¼t ) + ¯2 (yt ¡ y¤t )

A long terme, la cible d’inflation est atteinte et l’output gap estnul, alors le taux d’intérêt nominal est tel que le taux d’intérêt réel est égal au taux réel neutre, i.e. à la croissance potentielle
it = y¤
t + ¼t , it ¡ ¼t = y¤
t
Le taux d’intérêt à long terme est neutre vis-à-vis de l’activité.
Ceci est la règle d’or des modèles de croissance néo-classique, c’est-à-dire l’égalité entre le taux d’intérêt réel et la croissance potentielle de l’économie.
La politique monétaire est neutre vis-à-vis de l’activité à long terme.
Par contre, à court terme, la règle de Taylor, et donc la politique monétaire, est active
I Si (¼t ¡ ^¼t ) > 0 et augmente, alors les autorités monétaires augmentent it , avec it ¸ y¤
t + ¼t .
Dans ce cas, la politique monétaire est restrictive.
I Si (¼t ¡ ^¼t ) < 0 et diminue, alors les autorités monétaires
diminuent it avec it · y¤
t + ¼t .
Dans ce cas, la politique monétaire est accommodante.
I Si (yt ¡ y¤t ) (output gap) augmente, alors les autorités
monétaires augmentent it .

¯1 reflète l’aversion des autorités monétaires pour l’inflation
par rapport aux fluctuations de l’activité (l’output gap).
C’est aussi la pondération attribuée par les autorités
monétaire à la stabilisation des prix.
I ¯2 reflète de combien les autorités monétaires veulent
réduire les fluctuations de l’économie par rapport à
l’inflation.
C’est aussi la pondération attribuée par les autorités
monétaire à la stabilisation de la production.
L’identification des paramètres optimaux de la règle de Taylor se fait par le biais de simulations réalisées sur des modèles empiriques représentant les différentes économies.
Ceci permet d’éprouver la robustesse des différentes spécifications de règle monétaire
Dans cette règle de politique monétaire, la présence de l’écart de production peut être cependant difficile à justifier, à moins que la banque centrale ne possède un objectif explicite de stabilisation de la production.
De fait, si cet écart est utilisé comme indicateur des tensions inflationnistes futures, il est alors redondant avec le terme d’inflation anticipée.
En effet, contrairement à l’objectif primaire plus large de la Fed, l’objectif principal du Système européen des banques centrales (SEBC) et par la même l’Eurosystème, est de maintenir la stabilité des prix.
En théorie, la croissance et l’emploi ne représentent qu’un objectif de second rang dans la conduite de la politique monétaire de la zone euro.
Toutefois, la prise en compte de l’output gap est théoriquement justifiée, même dans l’hypothèse d’une stratégie focalisée uniquement par l’inflation (inflation nutter) où la fonction objective de la banque centrale ne tient compte que de
l’inflation, à cause de son influence sur l’évolution des prix à long terme.
On parle plutôt de ciblage de l’inflation « flexible » pour tenir compte de l’écart de production.
Il faut remarquer que si les autorités monétaires avaient un ciblage uniquement sur l’inflation (inflation nutter) alors, par définition, on aurait
I ¯1 = 1:00
I ¯2 = 0:00
puisqu’on écarte l’output gap comme variable explicative.

Politiques Monétaires et Règle de Taylor

======> Voir également

La règle de Taylor: concept et utilité
20 Novembre 2011

comite-economique-citoyen

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