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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


Une lecture critique de la loi de finance complémentaire 2012

Publié par Eco-Tunisie sur 8 Mai 2012, 08:18am

Catégories : #Economie tunisienne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Gouvernement de Rached Ghanouchi annonce la nécessité de nouveaux impôts pour équilibrer les recettes et les dépenses publiques. Depuis des  mois son gouvernement se donne beaucoup de peine afin de trouver une solution à la crise financière de la Tunisie, mais ces efforts ne peuvent suffire, et la mesure des besoins dépasse encore celle des sacrifices: l’accroissement des dépenses et l’affaiblissement des recettes nous poussent à nous endetter encore plus ! 

Notre pays continue à subir durement les coups de la crise. Le déficit du budget va atteindre les 6 à 7 milliards de dinars (il est estimé à 4,568 milliards de dinars). Le déficit du Commerce extérieur pour 2012 va dépasser les 4 milliards de dinars.  Le Gouvernement devra donc trouver pour notre budget 2012, soit par des impôts, soit par des économies, 6 milliards à 6500 millions de dinars environ. 

Malgré tous les efforts  la production industrielle, les échanges commerciaux continuent à décliner. Les formules classiques contre le déficit budgétaire étatique sont les suivantes :

a) augmenter les impôts et rationaliser l'administration,

b) emprunter pour nos besoins périodiques et permanents (ce qui va nous entraîner  sur le penchant de notre ruine)

c) emprunter pour exécuter des travaux qui rapportent plus encore qu’ils ne coûtent (le crédit nous 

poussera dans ce cas sur la voie de la prospérité)

d) baisse des traitements des fonctionnaires et des salaires

Les conflits sociaux  viennent du fait que ce gouvernement s’attaque seulement aux couches les plus pauvres des classes travailleuses: le prolétariat industriel, le petit commerce et petite paysannerie, fonctionnaires et artisans. Du même coup, les syndicats qui s'appuient traditionnellement sur ces couches de la population sont secoués. 2011/2012 sont marqués par des agitations parlementaires permanentes. La situation économique s'est en effet aggravée, le déficit budgétaire se creuse par suite de la baisse des rentrées fiscales. Les prix de détail ne baissent guère tandis que la production agricole et  industrielle continue à faiblir. Le gouvernement a décidé alors à pratiquer une politique déflationniste en s’attaquant à la spéculation. Les prix de vente à la consommation ne baissaient pas, bien que les prix de gros ont amorcé une chute importante, surtout pour les prix agricoles.

La paysannerie petite et moyenne devient ainsi la victime. Les grandes catégories les plus atteintes sont les ouvriers industriels, les employés, les paysans individuels et moyens et même les classes moyennes. Quant aux profiteurs de la crise - car il y en a aussi - ce sont les grands fournisseurs d’eau gazeuse et les grands distributeurs (les intermédiaires). Quant aux petites entreprises indépendantes, leur indice de profits s'est effondré. 

Ce que je propose :

- annuler les secours de chômage prolongés au-delà des 180 jours  

- s'attaquer aux salaires des fonctionnaires dont les rémunérations dépassent les 12000 dinars par ans (en vertu d'une répartition équitable des sacrifices). Les membres du Parlement devront donner l'exemple, en acceptant des réductions de leurs indemnités.

-Limiter le salaire mensuel du président de la république à 2000 dinars.

- minimiser le nombre de conseiller de la présidence. Ils coûtent beaucoup d’argent

- améliorer  les salaires et les conditions de vie des ouvriers à très faible rémunération.

Les salaires des fonctionnaires de l’Etat sont estimés à 8,643 milliards de dinars, soit 58,4% du total des dépenses de gestion et 34% du budget total de l’Etat. Un pays qui consacre 34% de son budget pour les salaires de ses  fonctionnaires est très mal gouverné. Il faut diminuer les salaires des fonctionnaires au moins de 15% en s’attaquant seulement aux salaires qui dépassent les 12000 dinars par an. Nos politiciens doivent donner l'exemple. C'est pourquoi les salaires des membres du gouvernement et du président de la République seront limités à au maximum 2000 dinars par mois  jusqu'au retour à l'équilibre des finances publiques. Les traitements des ministres et chefs de gouvernement de plusieurs pays européens ont été diminués en raison de la crise. L'Allemagne a gelé  totalement le salaire des fonctionnaires; l'Espagne les a carrément baissés de 5%. Il faut savoir que 15% de baisse sur les salaires de nos fonctionnaires en Tunisie laisseraient espérer une économie de 1,29645 milliards de dinars. Donc ce n'est pas du tout inimaginable, surtout quand on sait à quel point il est difficile dans notre pays de réaliser des économies. 

Gérer un budget  pour l’État, cela signifie prendre des décisions majeures pour l’avenir: quels objectifs poursuit-on ? Dans quel domaine investir ? Quelles dépenses privilégier ? A toutes ces questions, notre gouvernement ne nous donne aucune réponse concrète. Le peuple veut faire des sacrifices mais il veut être sûr que ce gouvernement sait gérer notre Budget. Pour le moment tous les Tunisiens sont méfiants.  Un changement complet, énergique de la politique du Gouvernement s'impose. Continuer la  politique des mois passés, c'est continuer à s'isoler, à s'épuiser. Il faut que ce gouvernement  plonge dans la masse, qu'il développe un programme clair, qu’il lance des mots d’espoirs précis. C'est la condition pour qu'il acquière de nouvelles forces, pour qu'il mène les masses à participer à ses projets. Pour se lier aux masses, il faut en premier lieu que ce gouvernement abandonne toute la politique qui découle de la théorie des philosophies théologiques et il doit se montrer le champion le plus farouche de l'unité nationale. 

Payer ou ne pas payer les dettes :

J’appelle notre gouvernement de refuser de payer  nos dettes envers les pays du  nord. Ceci nécessite bien sûr une décision parlementaire. Par contre nous garantissons  des compensations commerciales : l'ouverture de notre pays aux produits des pays du nord (surtout aux produits industriels). Je suis très surpris que notre gouvernement veut payer  les dettes sans aucun commentaire !  La question des dettes  étrangères met  en cause tous les intérêts de notre pays,  de notre économie pour une longue période, et des intérêts des masses populaires atteintes par la crise dans leur niveau de vie et qui se rebellent spontanément contre cette situation sociale très misérable. 

Nous ne sommes pas prêts à un nouveau sacrifice qui doit retomber sur le dos des masses tunisiennes très pauvres. Les dettes que la Tunisie s’est faites au temps de Ben Ali n’ont jamais vu le territoire tunisien. Ils sont encore dans les banques étrangères (la Tunisie s’endettait et la famille Ben Ali s’enrichissait) et les pays du nord l’ont toujours su ! Nous ne voulons pas mendier ! On nous  rend nos Milliards de dollars qui nous ont été volés ou on refuse de payer  nos dettes. Les pays du nord savent où se trouvent nos Milliards de dollars et ils sont capables de nous les rendre s’ils le veulent. 

Mais, ils ne veulent pas. Alors nous aussi, nous ne voulons pas payer nos dettes. Nos raisons sont évidentes. Nous réclamons l'annulation générale de nos obligations. Ce sont les pays du nord qui ont soutenu Ben Ali durant deux décénies. 

C'est une vérité de conclure que c'est à la masse pauvre et à la classe moyenne  de payer en fin de compte les versements des dettes: La diminution des salaires, l'augmentation des impôts, de nouvelles taxes représentant le montant de ces versements. Voilà contre quoi le peuple se dresse déjà, et contre quoi les syndicats doivent guider et éclairer leurs luttes. Les dizaines de Milliards de dette qui doivent être payés aux pays du nord, il faut les investir dans la construction de notre pays.

J’avoue que la politique extérieure de la République tunisienne connaîtra ainsi  un climat  différent de celui d'hier, rencontrera des difficultés nouvelles, exigera de la part de nos dirigeants un redoublement d'efforts. Mais moi, je considère  la décision de ne pas payer nos dettes est un acte politique légitime si nous considérons les causalités récursives et le contexte dans lequel les dettes ont été faites.

03.04.2012

Dr. Jamel Tazarki, Allemagne, mathématicien 

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www.go4tunisia.de

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