Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


La Tunisie et l'inévitable recours à l'endettement

Publié par Eco-Tunisie sur 26 Août 2011, 18:14pm

Catégories : #Dette

Centre Tunisien de Veille et d'Intelligence Economique

Extrait d'une étude menée par Pr. S. Mouley

 

Deux faits stylisés latents qui caractérisent l’économie tunisienne.

 

  • Un déficit structurel de l’épargne par rapport à l’investissement. La Tunisie accuse structurellement un déficit moyen de l’épargne brute par rapport à l’investissement brut de l’ordre de (-4,5% du PIB en 2010) avec un blocage du taux d’investissement privé brut domestique autour d’une moyenne de 13,8% ainsi qu’une contribution moyenne quasi-stationnaire de la formation brute du capital fixe, comme composante de la demande, au PIB à prix constants de l’ordre de 21,4%.
  • Un déficit structurel de la balance courante : de fait des avoirs nets en devises imputables en grande partie à l’endettement externe. Du fait du déficit structurel de la balance des transactions courantes, la croissance des actifs nets sur l’étranger et donc la consolidation des avoirs nets en devises et des réserves de change en Tunisie découlent essentiellement du solde excédentaire du compte de capital et d’opérations financières dans la balance générale des paiements, et non de réserves de change accumulées sur des transactions courantes.


La soutenabilité de la dette externe dans le contexte actuel de transition


La mobilisation de nouvelles ressources pose trois questions fondamentales qui ont trait à (i) la solvabilisation optimale des encours déjà existants, (ii) la soutenabilité des projets programmés et de la nouvelle dette à contracter et (iii) la viabilité de la dette externe cumulée qui sera d’autant plus extrêmement liée aux performances macroéconomiques exigées. Sur ce dernier point, il est clairement établi que tout plan de relance, même massif comme c’est le cas pour le nouveau programme économique et social de la Tunisie, ne peut s’avérer efficace sur la croissance qu’à moyen et long terme.


Un scénario de paramétrage de la viabilité de la dette extérieure


Les vulnérabilités du secteur extérieur en Tunisie restent circonscrites au niveau de la dette extérieure, laquelle bien qu’en nette diminution de 43,1% par rapport au PIB en 2006 à 37,1% en 2010, absorbe près de 9,3% des recettes courantes et demeure assez élevée par rapport aux comparateurs MENA. En dehors du Liban avec 190,8%, la moyenne de la dette externe à moyen et long terme des pays MENA est en effet de l’ordre de 18,9% pour la même période (celle du Maroc par exemple ne dépasse pas 21,2% du PIB).


Dans ce cadre, les tests de résistance sur la viabilité de la dette extérieure démontrent que son profil est extrêmement vulnérable aux chocs sur les taux de change et d’intérêt. Les résultats des tests paramétrés sur le ratio de la dette extérieure en pourcentage du PIB effectué par l'auteur selon la méthodologie du FMI dénotent des hypothèses suivantes:


  •    une dépréciation réelle de 30% du taux de change par rapport au scénario de référence ferait monter le ratio de la dette extérieure par rapport au PIB à plus de 50% d'ici à 2015.
  •  un accroissement de 20 points de base du taux d’intérêt alourdirait de 1% par an le ratio de la dette externe par rapport au PIB.


Compte tenu de la dépréciation moyenne réelle du taux de change effectif réel de l’ordre de 2.77% par an (et de 27,74% en termes cumulés) durant la dernière période, l’hypothèse de gonflement du ratio de la dette extérieure par rapport au PIB est plus que vraisemblable. En revanche, et en fonction des données des marchés financiers internationaux, et à supposer par mesure de prudence une indexation des écarts des taux d’intérêt sur les spreads des risques de défaut de l’ordre de 54,9 points de base, il serait aussi envisageable d’anticiper un accroissement de 2,75% par an le ratio de la dette externe par rapport au PIB.


Une position délicate pour accompagner la transition


Le recours à l’endettement externe dans la période actuelle semble incontournable au vu, non seulement des difficultés conjoncturelles liées à la transition démocratique mais aussi aux aspects structurels déjà évoqués de déficits de l’épargne domestique et de la balance courante. De plus, la dette externe à moyen et long terme est un déterminant fondamental d’accumulation des réserves en devises. Néanmoins, une lecture rétrospective du profil de l’économie tunisienne montre que sa capacité d’absorption se résume à un tirage moyen brut sur crédits à moyen et long terme de l’ordre de 2 240 millions de dinars par an compatible avec un profil de taux de croissance annuel moyen du PIB à prix constants estimé à 4,6%.


Compte tenu de ces éléments, les projections des instances internationales (FMI en particulier) mais aussi du gouvernement actuel, reposant sur les évolutions anticipées des composantes de la demande intérieure, dénotent d’un profil de croissance ne dépassant pas dans les meilleurs des cas 1,3% pour 2011. Certes, la récente amélioration conjoncturelle du rythme des exportations de biens à plus de 14% durant le premier semestre 2011 (effet Libye notamment) par rapport à l’année précédente entretient des lueurs d’espoir, mais les profils des importations de biens et services ainsi que des composantes de la balance des revenus et des transferts ne sont pas encore clairement établis, ce qui ne permet pas pour l’instant d’anticiper un réel désamorçage du déficit courant chronique.


Aussi, la mobilisation de ressources au titre de la dette externe d’une enveloppe de 2 257 millions de dinars affectées au budget de l’Etat apparaît déjà disproportionnée. Quant à la mobilisation escomptée de 7 150 millions de dinars (5 milliards de dollars) de fonds dédiés et crédits d’investissement au titre de financement du programme économique et social pour la même année, la question est plus que problématique du fait que l’efficacité de ce dernier en termes de création de valeur ajoutée ne sera perceptible qu’à moyen et long terme.

Net transfers on external debt; total (NTR; US dollar) in T

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents