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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


La Tunisie est sortie de la zone de danger, le Gouverneur de la BCT est rassurant

Publié par Eco-Tunisie sur 20 Novembre 2011, 17:23pm

Catégories : #Economie tunisienne

L'engagement de la Tunisie sur la voie de la démocratie doit, selon le gouverneur de la Banque centrale tunisienne (BCT), de nouveau attirer les investissements qui, seuls, permettront au pays une réelle reprise de la croissance économique mise à mal par la révolution.

 

 

"L'enjeu majeur, c'est le retour des investissements --étrangers et nationaux-- qui, nous l'espérons, devrait intervenir avec celui de la démocratie", souligne dans un entretien avec l'AFP le gouverneur de la BCT Mustapha Kamel Nabli. 

Le taux de croissance était de -3% sur les trois premiers mois de l'année et les estimations pour l'ensemble de 2011 le situent autour de 0,5 %. C'est une croissance "faible" mais qui va s'améliorer avec "le retour de la confiance", estime le gouverneur de la BCT. Pourtant, les projections économiques fixent, selon M. Nabil, à un seuil très élevé (7%) le taux de croissance nécessaire "pour créer suffisamment d'emplois et remédier à la fracture sociale".
Selon M. Nabli, la Tunisie est néanmoins "sortie de la zone de danger" et son économie est de nouveau "sur une pente ascendante".
Le tourisme (7% du PIB en temps ordinaire), un secteur que le dirigeant qualifie de "sinistré", a commencé à reprendre de la vigueur après avoir dégringolé de quelque 60 % au premier trimestre. Cette chute a été partiellement résorbée et n'est plus aujourd'hui que de l'ordre de 25%.
Parallèlement, se félicite M. Nabli, "les services publics ont continué de fonctionner et, dès le mois d'avril, nous avons pu noter une augmentation sensible des exportations de produits manufacturés", relève-t-il.
"La reprise économique est là. Ca reste fragile mais les équilibres macro-économiques sont satisfaisants", assure-t-il.
Pour le gouverneur de la BCT, l'année 2012 devrait être "une bonne année' "Si la transition se passe bien, la démocratie va nous donner un net avantage parce que la société va fonctionner de façon plus transparente. Nous sommes débarrassés d'un régime au sein duquel la prédation et la corruption étaient la règle et cela devrait ouvrir des champs énormes aux investissement", a-t-il déclaré.
"L'évolution de notre économie dépendra aussi, a-t-il nuancé, de la conjoncture en Europe (80% des échanges en moyenne) et de la situation en Libye", deuxième partenaire commercial de la Tunisie après la France. 

Suite à cet interview, Webmanagercenter a recueilli amples détails sur ces déclarations.

WMC: Vous avez déclaré que l’économie tunisienne a dépassé le cap difficile, lors de la conférence organisée par l’UTICA. Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur ce propos d’autant plus que le pays a terminé le premier trimestre avec -3,3% de croissance et le deuxième ne promet pas des améliorations notables.

Mustapha Kamel Ennabli:
 Ce que j’ai dit est que nous sommes sortis de la zone de turbulences mais les difficultés sont encore là, la crise aussi. L’année pourrait se terminer avec une croissance de 0% ou de 1%. Ce n’est pas positif et ce n’est pas rassurant non plus. 

La situation économique reste donc critique, mais nous devons gérer. Il y a des signes positifs, telles que l’augmentation des exportations et la progression de la demande intérieure en matière de consommation. Mais le secteur des phosphates reste en difficulté, ses exportations ne redécollent pas et l’investissement intérieur et extérieur ne redémarre pas en raison, entre autres, des perturbations sociales. Ce qui ne nous pousse pas à un optimisme outrancier, notre économie reste fragile. Nous ne sommes pas revenus à une croissance généralisée, elle tarde à venir.

Ceci se traduit par des pertes d’emplois…

Vous savez, j’essaie d’utiliser mes termes avec précaution. La situation est ardue, le contexte social semble difficile. Et en matière d’emploi, nous n’observons pas de croissance dans la création de nouveaux débouchés. La situation de l’emploi est même en train de s’aggraver, car à ce train là, on ne pourrait pas créer de nouveaux emplois pour absorber une partie de la demande additionnelle en la matière. 

Pour résumer, tant qu’il n’y a pas de stabilisation sur les plans politique et social, nous serons toujours dans une situation délicate.

Est-ce que la notation accordée à la Tunisie à savoir BBB- avec des perspectives négatives aggrave plus la situation du pays pour ce qui est des prêts que nous pourrions contracter? Risquerions-nous de sortir de la zone de l’investment grate à celle du speculative grate?

Il n’y a pas de speculative grate en ce qui nous concerne. Si la récession continue, il est évident qu’avec d’autres notations, notre situation sera plus risquée. Ceci étant, il faut dire que les agences de notation s’appuient plus sur la dimension politique qui peut peser sur l’avenir du pays que sur les fondamentaux économiques.

Mais ne trouvez-vous pas cela un peu sévère? Parce que nombre d’autres pays vivent des incertitudes politiques et ils ne sont pas aussi sévèrement notés? Vous l’avez d’ailleurs fait remarquer lors d’une intervention à un forum de la BAD?

Et je n’ai pas changé d’opinion depuis. Oui les agences de notations sont devenues très sévères mais pas qu’avec la Tunisie qui n’est pas un cas particulier. Je pense qu’elles sont dans l’exagération dans le rating des risques pour ne pas être taxées de laxisme. C’est une approche pour gérer le risque pour ne pas être accusées par les opérateurs des marchés financiers de ne pas avoir su peser les risques. En fait, elles sont devenues plus conservatrices. 

Donc, nous payons pour la crise financière d’il y a 3 ans, lorsqu’elles n’ont pas su mesurer les risques de produits bancaires dérivés et du shadow système financier? 

Justement. Nous voyons cela, même pour les pays de l’Europe du Sud. Les agences tendent à être très rapides à baisser la notation même si ce n’est pas justifié totalement ou même si ça devrait prendre un peu plus de temps. Pour elles, c’est un problème général qui touche à la rigueur de la notation car tout le monde n’est pas content de la performance des enquêteurs. C’est un problème global.

Quelles sont, d’après la BCT, les menaces de la crise économique sur la parité du dinar surtout que la valeur du dinar est restée au même niveau que les années précédentes alors que nous étions économiquement plus performants? Etes-vous en train de le soutenir artificiellement?

La parité du dinar est déterminée en fonction des réserves de change, de la demande en devises et de la compétitivité économique. Si la compétitivité de l’économie souffre, si les réserves en devises régressent, la parité du dinar doit être ajustée en conséquence.

Nous appliquons aujourd’hui le système mis en place depuis plusieurs années. Nous espérons et nous essayons de maintenir plus ou moins les taux de changes réels fixes et stables. Cela dépendra du taux d’inflation, des variations et d’autres facteurs d’ordre économique, mais à ce jour, il n’y a pas de changement pour ce qui est du système de gestion du taux de change.

Le plan de relance du gouvernement pourrait-il dynamiser et relancer l’économie rapidement d’après vous?

Le gouvernement a annoncé son plan de relance depuis des mois. Il y a une loi des finances complémentaire, il y a eu des investissements et des crédits supplémentaires. Le projet de relance est en cours d’exécution. La BCT assure sa mission pour ce qui est de la gestion de la politique monétaire dans le sens du soutien à l’économie en abaissant le taux directeur du marché, en injectant des liquidités et en encourageant les banques à accorder des crédits aux entreprises pour qu’elles puissent maintenir et développer leurs activités.

Oui mais il y a toujours les risques de l’instabilité sociale, est-ce que vous trouvez qu’il y a un certain laxisme de la part des autorités concernées en matière de maintien de sécurité et de stabilité sociale?

Le gouvernement est conscient de la situation difficile du pays et je ne peux en aucun cas traiter sa position de laxiste; il sait ce qu’il a à faire. Et puis, quand les services de sécurité utilisent la force, on les accuse d’en abuser et quand c’est le contraire, on les accuse de laxisme, il y a un équilibre à maintenir. 

Avons-nous la capacité de tenir longtemps au train où vont les choses?

Nous avons la capacité de tenir pour les 6 mois qui viennent. L’année 2012 sera difficile. Les choses pourraient être différentes, si d’ici la fin de l’année, notre économie devient plus stable, s’il y a un retour à la normale sur le plan social, s’il y a plus de visibilité au niveau de la situation politique, nous pouvons nous attendre à une reprise et à un redressement économique. 

Pour revenir aux biens de la famille de l’ancien président à l’étranger, vous aviez déclaré qu’il y a de la chance qu’on en récupère une grande partie. Y a-t-il des indices par rapport à cela? 

Je pense que c’est un processus difficile et long. Nous ne pourrons pas les récupérer dans l’immédiat. Il y a certains dossiers sur lesquels nous avançons, d’autres non. Nous ne pourrons pas dire, si c’est pour demain ou après demain mais nous faisons des progrès et nous avançons dans des procédures. Il ne faut pas être trop impatient, il faut continuer à travailler et persévérer.

Avez-vous une idée sur la valeur exacte de ces biens? 

Non. Nous avons quelques idées. Des éléments qui existent et qui ne sont pas vraiment secrets. Par définition, ce sont des fonds qui ont été acquis de façon détournée, forcément, on ne peut cerner leur valeur exacte.

Il y a des informations qui disent qu’il y a eu des opérations de blanchiment de l’argent de la drogue et de fonds mal acquis, en avez-vous perçu des signes dans vos enquêtes?

S’il y a eu blanchiment d’argent, il n’est certainement pas passé par la Banque centrale. Ceci dit, je n’ai pas plus d’informations que n’en a la justice. Ce que j’établis à mon niveau se base sur des opérations concrètes, sans éléments tangibles, je ne peux ni affirmer ni infirmer quoi que ce soit. 

Oui mais ne craignez-vous pas qu’il y ait des procès similaires à celui de Slim Chiboubqui vous prenne de vitesse en déposant des plaintes et en gagnant des procès en Europe?

Il n’a pas gagné de procès, il a tout juste présenté une requête, aujourd’hui à l’étude et il a intenté un procès contre la Communauté européenne. La procédure est donc en cours mais rien n’a été tranché dans un sens ou un autre.

Monsieur le gouverneur, avez-vous établi une liste des opérateurs privés et des groupes qui ont bénéficié d’annulation de dettes sous l’ancien régime et à quelles conditions? 

Bien entendu, nous y travaillons, nous avons déjà une liste que nous sommes en train de finaliser, nous la publierons en temps voulu. Mais vous savez, il y a des dossiers comportant plusieurs opérations d’abandon de créances.

Elles se montent à combien?

Je ne peux pas fixer de montants mais je demanderais à ce que la liste soit publiée lorsqu’elle sera validée.

Quels sont les secteurs qui en ont bénéficié le plus?

Tous les secteurs. Le tourisme, l’industrie, il y a des dossiers qui sont connus et d’autres qui ne le sont pas. Mais j’estime que les Tunisiens ont le droit de savoir et ils auront l’information dès que possible. 

Avec votre arrivée à la tête de la BCT, pouvons-nous dire que le niveau d’interventionnisme dans la gestion courante des banques publiques et privées a diminué?

Je refuse toute forme d’interventionnisme dans le management ou la prise de décisions au niveau des banques. Le gouverneur de la BCT ne doit d’ailleurs pas être la personne qui nomme les PDG des institutions financières, on ne peut pas être gestionnaire et superviseur. 

Mais alors comment expliquez-vous que le choix de gestionnaires pour ce qui est des banques concernées par les mesures de confiscation? 

C’est tout à fait autre chose. Ce sont des prérogatives exceptionnelles de la loi bancaire qui permet à la BCT de choisir un administrateur provisoire et pas un PDG de banque.

Et si les administrateurs provisoires n’ont pas la capacité de gérer comme il se doit ces institutions bancaires, comment vous pouvez le savoir?

Nous en assumons le risque. L’administration provisoire est une mesure que nous prenons lorsque les organes normaux pour la gestion d’une banque ne fonctionnent pas. C’est une situation qui ne doit pas durer, mais dans le cas où nous avons fait le mauvais choix, nous devons assumer nos responsabilités.

Comment la BCT soutient les activités des entreprises confisquées dans leurs relations avec les banques?

Vous savez, nous avons soutenu ces entreprises dès le premier où elles ont été inclues dans le décret de confiscation. Nous faisons bien la part des choses et nous estimons qu’il faut faire la différence entre l’entreprise elle-même et l’importance de la maintenir aussi florissante qu’auparavant, en attendant que sa propriété revienne à l’Etat et leurs propriétaires. Nous avons plaidé leur cause de manière systématique auprès des banques. Y avons-nous réussi, l’avons-nous fait de façon parfaite? C’est à vous de faire vos enquêtes et de juger (les journalistes, NDLR). Mais c’est la politique que nous avons suivie depuis le début. Nous ne nous sommes acharnés contre personne, et personnellement, je n’ai rien contre qui que ce soit. Tout ce que nous faisons c’est de procéder au gel des avoirs comme mesure conservatoire dans l’attente des décisions de justice. Et au fur et à mesure que la justice a pris en main ces dossiers, la BCT s’en est désengagée.

Serait-ce prématuré de réfléchir aujourd’hui à la restructuration bancaire?

La difficulté de cette phase nous met devant deux problèmes: une situation économique difficile et une situation politique transitoire, ce qui crée des difficultés pour ce qui est de la gestion du moyen et du long terme. Car pour résoudre les problèmes économiques immédiats, nous devons axer notre attention sur le court terme et préserver le système et ses équilibres. Il ne faut pas laisser les entreprises, le marché et le système de payement s’effondrer. Le gouvernement a pour mission de veiller à ce que le service public continue à fonctionner, qu’il s’agisse du transport, de l’administration ou de simples commodités. Ce sont des priorités. La question qui se pose, c’est quand devrions-nous nous occuper des questions d’ordre structurel. En ce qui me concerne, je pense et c’est le cas aussi pour le gouvernement, c’est de préparer l’avenir en s’attaquant aux problèmes de fonds.

Avec le quart de l’économie tunisienne détenu par les familles de l’ancien président et leurs alliés, et la situation de flou dans laquelle il est maintenu, comment pouvons-nous espérer une reprise de l’économie?

Le quart de l’économie, c’est trop dire, je pense. Mais le problème ne se pose au niveau de ces groupes ou de ces entreprises dont la situation tend à se clarifier. Les confiscations sont en train d’être mises en application, l’Etat en reprend la gestion, ce qui leur permettrait le retour à des situations normales. Les facteurs les plus importants se rapportent plutôt au retour à la normale de la Libye, la reprise des activités des secteurs des hydrocarbures et du phosphate, le redémarrage du secteur touristique et les conflits sociaux qui doivent prendre fin pour que les investisseurs reprennent confiance. Ce qu’il faut savoir c’est qu’investir dans son pays est aujourd’hui un acte citoyen.

Pour revenir à la politique, nous vous avons vu en couverture sur un magazine, et tout de suite après, nous avons vu Kamel Eltaief en couverture de ce magazine, différentes interprétations ont été données à ces deux parutions, surferiez-vous sur les mêmes vagues en matière de politique ?

Rien de cela n’est vrai. Tout d’abord, ce n’est pas ma faute, si nous sommes parus dans le même magazine; ensuite, oui Kamel Eltaief et moi sommes des parents par alliance, il est marié à une lointaine cousine à moi et je le connais depuis une longue période. De là à faire le lien avec lui politiquement parlant, c’est exagéré.

Il y a une page facebook appelant à ce que vous deveniez président de la République, vous le savez?

Oui, mais ce n’est pas moi qui l’ai initié, et les gens sont libres d’écrire ce qu’ils veulent. En attendant, je n’ai aucune prétention d’ordre politique pour l’instant, je me contente d’assumer et d’assurer au mieux ma mission à la BCT.

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