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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


La règle de Taylor: concept et utilité

Publié par Eco-Tunisie sur 20 Novembre 2011, 10:33am

Catégories : #Monnaie

Taylor est un économiste américain qui s'intéresse aux politiques monétaires. Il a essayé d'imaginer ce que serait une règle de politique monétaire optimale, comment on pourrait fixer de manière optimale le taux d'intérêt.

La règle de Taylor est simple. Elle s'articule autour de deux axes.

D'autres règles proches s'inspirent aujourd'hui de principes similaires.

1. Une cible de politique monétaire (objectif de long terme)

La cible de la politique monétaire est exprimée par le taux d'intérêt nominal à la période t (it)

 

Le taux d'intérêt nominal it. doit d'abord essayer d'atteindre un taux d'intérêt neutre :

i* + pa où i* est le taux d'intérêt réel neutre (égal au taux de croissance potentiel de l'économie).

Par exemple, dans l'économie française, le taux de croissance potentiel de l'économie est d'environ 3 %. On vise donc un taux d'intérêt réel de 3

Puisque le taux d'intérêt que l'on veut fixer est le taux d'intérêt nominal, on prend en compte l'inflation anticipée pa.

Par exemple, si on anticipe en France 2 % d'inflation et que l'on veut obtenir un taux d'intérêt réel de 3 %, le premier terme i* + pconduit à fixer un taux d'intérêt nominal aux environ de 5 %.

Le principe est que l'on s'adapte à la croissance à long terme de l'économieLa politique monétaire ne se fixe pas seulement à court terme mais se prolonge à long terme.

On s'intéresse à "l'écart critique" entre le taux d'intérêt et le taux de croissance : L'idée est qu'à long terme, cet écart doit être nul.

 

2. Deux éléments de court terme interviennent pour pondérer de manière intelligente la politique monétaire.

Ces éléments sont l'activité (l'emploi) et l'inflation. La règle de Taylor leur affecte une pondération identique.

a) Le niveau d'activité.

Il faut prendre en compte le niveau d'activité.

On considère l'écart entre le niveau d'activité présent (yt, le taux de croissance actuel) et le niveau d'activité potentiel (y*, le taux de croissance potentiel). Si à un moment le taux de croissance devient supérieur au taux de croissance potentiel : yt - y* > 0, on doit légèrement augmenter le taux d'intérêt pour freiner la croissance.

Ainsi, si on s'aperçoit que le rythme de croissance actuel est un peu plus élevé que ne le permet la croissance potentiel, si le taux d'intérêt cible est de 5 %, on se fixe un taux d'intérêt légèrement plus restrictif (par exemple : 7 %) pour ramener l'activité vers son sentier de croissance potentielle.

b) L'inflation.

Si le taux de croissance actuel des prix (pt) est supérieur à la cible d'inflation (p*) que l'on s'est fixée (en général, dans les pays développés, la cible est fixée à 2 %. C'est le cas, par exemple, de la cible retenue par la BCE), on considère l'écart entre l'inflation effective et l'inflation cible : pt - p*. Si pt - p* > 0, il faut mener une politique légèrement plus restrictive et se fixer un taux d'intérêt nominal un peu plus élevé.

3. La règle de Taylor prend, à court terme, considération de l'arbitrage entre l'inflation et le chômage

On a donc finalement trois éléments : Un élément de long terme et deux éléments de court terme. Pour ceux-ci, la règle de Taylor suit la règle de l'arbitrage entre inflation et chômage. La banque centrale ne prend pas un seul objectif mais deux et essaie de manière très discrétionnaire de faire varier les taux en fonction de la conjoncture. Les deux objectifs de court terme sont affectés chacun d'un coefficient de pondération égal à 0,5.

it = i* + pa + 0,5(yt - y*) + 0,5(pt - p*).

regledetaylor1.gif

 4. On juge maintenant d'une politique monétaire en regardant si elle est adaptée à la règle de Taylor ou pas.

La règle de Taylor rend assez fidèlement compte de ce qu’ont fait un certain nombre de Banques centrales, notamment des États-Unis, du Royaume-Uni et même d’Allemagne (en France, la règle ne peut s’appliquer en raison du niveau élevé des taux d’intérêt).

Par exemple, la politique de la Réserve fédérale américaine suit exactement cette loi. Ce qui signifie que la banque centrale, lorsqu'elle fixe ses taux d'intérêt, elle se soucie du long terme (i* + pa) et elle se donne comme double objectif à court terme : de stabiliser le niveau de l'activité économique et de stabiliser le niveau des prix. Elle n'a donc pas comme objectif unique l'inflation (avec l'idée d'avoir le taux d'inflation le plus faible possible). Elle prend aussi en compte le taux de croissance potentiel de l'économie américaine (environ 2 %) et adapte sa politique en fonction des critères (yt, pt) de la conjoncture.

La règle n’est peut-être pas la règle optimale et il est sans doute possible d’accroître les pondérations liées à l’activité ou à l’inflation, mais cela risquerait d’augmenter fortement la volatilité (les variations) des taux d’intérêt des Banques centrales.

Conclusion

  • Ainsi, il apparaît que l’équation de Taylor est très sensible au choix de ses variables de référence. L’incertitude qui affecte la détermination des niveaux du taux d’intérêt neutre réél et de « l’output gap » peut conduire, d’un point de vue rétrospectif, à des appréciations divergentes quant à l’adéquation de la politique monétaire aux données fondamentales de l’économie. Remarquons,  d’un point de vue prospectif, que cette incertitude affaiblit également la portée opérationnelle de l’équation de Taylor car elle est de nature à susciter des recommandations divergentes s’agissant de l’orientation à donner à la politique monétaire.
  • Au total, l’équation de Taylor doit s’analyser comme une fonction de réaction du Système de réserve fédérale érigée en règle de décision, à la valeur plus indicative que normative, ce que reconnaît d’ailleurs implicitement son auteur. Compte tenu de ces éléments, il apparaît que l’application rigide des coefficients initiaux de la règle à l’ensemble des pays du G 7 est abusive et affaiblit la portée indicative de cette règle, de même que la difficulté à déterminer les valeurs de référence de l’équation.

La politique monétaire est, dans ces conditions, à la fois crédible et flexible. Un certain nombre de pays se sont déjà dotés d’objectifs d’inflation qui, à partir du moment où l’on module suffisamment l’horizon, ressemblent assez à la règle de Taylor. : Le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l’Espagne, la Finlande, le Canada… Le débat de politique monétaire, aujourd’hui, se focalise sur cette question.

 

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