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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


La dette publique ou le dilemme du prisonnier

Publié par comite-economique-citoyen sur 23 Juillet 2011, 11:33am

Catégories : #Mes écrits

Les pays en développement, la Tunisie n'en fait pas l'exception, ont été depuis longtemps soucieux du fameux dilemme désendettement/développement.

 

Après un train de mesures drastiques, ces pays se retrouvent aujourd'hui, condamner à gérer un double handicap; le non développement et le fardeau de la dette dont une grande part à caractère odieux. L'enjeu est de taille, il dépasse, à mon sens, la théorie des jeux car il pose un vrai problème d'optimisation sous une infinité de contraintes: allouer le peu de ressources dont ils disposent entre la recherche des sentiers de développement soutenu et le remboursement de leurs dettes sans les alourdir par le recours à financement extérieur suicidaire de type Ponzi (s'endetter pour rembourser des dettes anterieures).

 

La solution ne semble pas évidente car, passivité tiers-mondiste oblige, ces pays se contentent de manifester soient leurs bons accueils, soient leurs reproches aux solutions qui parviennent des pourvoyeurs des fonds sans pour autant arriver à imposer les leurs.

 

La prise de conscience de l'effet dramatique d'un endettement insoutenable, les enseignements tirés de la crise économique de la Grèce, nous interpelle forcément à invoquer la problématique du financement de la dette publique, du recours systématique à l'endettement extérieur et les fameuses agences de notation cauchemardesque qu ne font qu'accélerer les problèmes et précipitent les difficultés.

 

La gouvernance par l'endettement:

 

S'endetter ne fera qu'accroitre l'illusion de richesse. S'endetter mais à quel prix? au prix de la dignité et de la colonisation sous sa forme la plus cruelle. La dette sous sa forme actuelle, comme l'a bien dit Thomas Sankara "est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers. Faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier, c’est-à-dire l’esclave tout court, de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser".

 

Martín Lozada, décrit dans un de ses articles les conséquences de la dette extérieure, en signalant le fait que le paiement de cette dette "réduit et conditionne toute possibilité de développement des pays sous-développés, en diminuant violemment le niveau de vie des populations, en réduisant les possibilités d'emploi, et en sapant peu à peu les systèmes de santé et d'éducation des pays endettés."

 

Alors, à quoi bon payer ses dettes?

 

Souvent on avance les arguments comme la crédibilité de la place, le privilège d'accès aux marchés pour lever des fonds facilement, la notoriété du pays vis à vis de l'extérieur, l'amélioration de la note sur le risque souverain..etc. Il semble, néanmoins, que ces arguments laissent entrevoir une volonté franche de perdurer le phénomène d'endettement en dépit de ses conséquences désastreuses sur les classes prolétaires.......

 

Les remèdes qui tuent

 

Les dix préceptes du Consensus de Washington pour venir au secours d'un pays en situation d'endettement chronique. Une ordonnance bourrée d'antalgique qui, in fine, mettra le pays à genoux.

 

1- une cure d'amaigrissement sous forme d'austérité budgétaire,

2- Action sur les dépenses publiques par une réduction des subventions,

3- Promotion d’une politique monétaire orthodoxe basée sur la libéralisation des taux d’intérêt,

4- Ouverture extérieure,

5- Libéralisation,

 

6- Privatisation,

7- Déréglementation,

8- Réforme fiscale,

9- Droits de propriétés notamment au profit des étrangers

 

Alors que faire

 

Une solution alternative est-elle possible pour régler le problème systémique de l'endettement, principale cause des mobilisations de ces dernières semaines en Grèce, en Espagne- comme de celles à venir...Peut on imaginer un pays qui fonctionne convenablement sans endettement surtout que la théorie financière nous enseigne que l'endettement valorise l'expansion par l'effet de levier..

 

Entre l'idéologie néo-libérale inscrivant le recours à l'endettement dans la logique de développement  économique des nations (optique gagnant-gagnant) et les révendications de la société civile qui voit que la " Tunisie a, plus que jamais, besoin de garder ses richesses à l’intérieur et de stopper l’hémorragie qui la saigne à l’heure actuelle afin de reconstruire son avenir sur de nouvelles bases saines (*)" la seule vérité qui se dégage c'est qu'on est en présence d'un dilemme du prisonnier,un cas célèbre de la théorie des jeux, caractérisant les situations de deux joueurs ou des agents économiques qui sont amenés chacun de leur côté à prendre des décisions qui sont indiividuellement sous-optimales et où ils auraient intérêt à coopérer pour s'en sortir à moindre dégats

 

Quid de la situation d’endettement de la Tunisie

 

La dette tunisienne demeure soutenable en dépit d’une BBB- (qualité moyenne inférieure, S&P), un niveau supérieur d’un cran seulement aux investissements jugés spéculatifs. Les perspectives pourraient être beaucoup meilleures après l’installation d’un gouvernement légitime (élection du 23 octobre 2011).


Comparée aux pays avancés ou les pays à risque de défaut (Grèce, Portugal, Italie..), la Tunisie se positionne avec un taux d’endettement de 40.4%

debt.jpg


serv-det.jpg

 interet-det.jpg

 Net transfers on external debt; total (NTR; US dollar) in T

 

Cette video illustre les conséquences d'un endettement non viable: le cas de la Grèce: a country for sale

 

 

 

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fethi 23/08/2011 08:26


Mr J.A Holbecq je suis très heureux de vous voir sur mon blog et surtout merci pour l'éclaircissement ô combien précieux..


A-J Holbecq 21/08/2011 09:50


Bonjour

Vous écrivez " Peut on imaginer un pays qui fonctionne convenablement sans endettement surtout que la théorie financière nous enseigne que l'endettement valorise l'expansion par l'effet de
levier.."

Je réponds "oui" ; par la création monétaire directe de la banque Centrale.
Les seuls besoins d'emprunts qu'a un pays ce sont ceux des devises *étrangères* dont il a besoin (en gros, un solde négatif de la balance des transactions)

Courage...


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