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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


Finis les mathématiques, irrationalité exige: souhaitons la bienvenue à la finance comportementale

Publié par Eco-Tunisie sur 13 Août 2011, 09:07am

Catégories : #Mes écrits

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Le survol de la récente crise des subprimes, ses origines et ses effets permet de mettre l’accent sur l’incapacité des modèles financiers conventionnel basés surtout sur une vérité qui nous a trompé depuis un demi siécle c’est l’invalidation de la courbe gaussienne (la loi normale).

 

Benoît Mandelbrot a testé la loi normale (ou courbe de Gauss) sur les données réelles constatées sur le marché boursier. Il découvre qu’au delà des variations de grande ampleur  plus fréquentes que ne le suppose la loi de Gauss, le processus brownien sur lequel repose la courbe est pris en défaut.

 

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Retrospective d’une crise: la crise des subprimes est à l’origine une erreur mathémathique

 

En 2000, un mathématicien d’origine chinoise travaillant chez JP Morgan, David X. Li, publia un article qui offrait des nouvelles perspectives pour la finance du marché et surtout pour contourner le risque de défaut sur les titres. Il a découvert un produit financier idoine pour y répondre : le CDS. Le Credit Default Swap (CDS) est en effet un contrat d’assurance dans lequel une entité souhaitant se protéger contre le défaut de paiement d’un actif quelconque (société, pays, actif financier) verse des primes à une autre entité qui, en cas de défaut, rembourse le montant de la perte. Il suffit donc, pour chaque produit subprime (CDO), de lui associer un CDS élaboré à partir des mêmes caractéristiques: si les cessations de paiement des emprunteurs immobiliers augmentent, le cours du CDS augmentera et compensera ainsi la perte. Le CDS permet ici, à lui tout seul, de mesurer le risque : si son cours monte, cela signifie que le risque de défaut sur le CDO associé augmente, et inversement. En théorie, cela est imparable et cela explique aussi bien la notation « triple A » (la meilleure possible) conférée par les agences de notation à ces produits, comme l’explosion du nombre de CDS émis dans les années 2000.

 

Seulement, la communauté financière, qui adopta dans l’enthousiasme cette trouvaille, passa un peu vite sur les hypothèses du modèle. La « copule gaussienne », qui mesure le risque de corrélation (le défaut simultané de plusieurs débiteurs), fut élaborée à partir des données dont on disposait alors, soit un historique de dix ans, moment où apparurent les subprimes et, accessoirement, période pendant laquelle le marché immobilier américain ne fit que monter ! Un peu court et trop optimiste. En outre, comme son nom l’indique, la loi de probabilité de référence est la courbe de Gauss… La probabilité d’une crise devenait donc infinitésimale, en théorie.

 

Repenser les outils d’analyse:

Les cygnes noirs de Nicholas Nassim Taleb et les fractales de Mandelbrot

 

Un « Cygne noir » est un événement hautement improbable mais ayant un impact énorme (positif ou négatif). Taleb développe l’idée fondamentale que se conformer à la loi normale nous rend aveugles aux événements importants mais très peu probables. Considérer que le hasard peut être « mis en boîte » avec la courbe de Gauss conduit à limiter notre champ de vision et ainsi à accroître la probabilité d’événements graves et de crises.

 

 1.    L’erreur d’induction

 

Dans la finance, pour tester un modèle ou contrôler les risques, on travaille sur des bases de données historiques. Celles-ci peuvent certes remonter très loin, mais en quoi cela constitue-til une garantie ? Ce n’est jamais une assurance absolue, il faut bien en être conscient. Même si on corrige ce phénomène par des « simulations de Monte-Carlo » (introduire des valeurs numériques tirées au hasard pour voir ce que donnent les modèles) un autre problème surgit: comment déterminer les valeurs extrêmes sachant que les tirages sont effectués à partir de lois normales.

 

Extrapoler les tendances passées et considérer qu’elles vont se maintenir procède d’une arithmétique qui n’est pas neutre du moment qu’on considère que cette moyenne a un sens, une légitimité, une force, qu’elle représente bien l’ensemble des données prises en compte, c’est-à-dire que les valeurs sont globalement regroupées autour de cette moyenne…


 2.    L’erreur de confirmation

 

L’être humain est toujours à la recherche d’informations qui confirment ses opinions plutôt que d’essayer de collecter des informations qui refutent ses avis.

 

Les biais cognitifs: facteurs décisifs mais non paramétrables


Il est admis que l’investisseur n’est pas totalement rationnel. Ses choix sont influencés par des routines mentales et des heuristiques soumis à des erreurs de jugement systématiques (appelées « biais cognitifs »), ou à des facteurs émotionnels comme la peur ou l’excès de confiance.

  

Les décisions individuelles se caractérisent, selon Daniel Kahneman et Amos Tversky par des erreurs et des biais persistants dans le comportement de choix. Les êtres humains développent une heuristique au moment de prendre des décisions du fait que des facteurs émotifs, plutôt que des repères objectifs, mènent le processus de prise de décision.

 

Les biais cognitifs qui entachent la prise de décision sont:

  • L’excès de confiance : les individus surestiment leurs capacités décisionnelles et tendent d’adopter des comportements à risque au-delà de leur capacité objective de réussir.
  • Le mimétisme : la tendance des individus à imiter le comportement des autres peut résulter en des cascades de choix particuliers. Le mimétisme se produit même lorsque les comportements d’autres personnes sont voués à l’erreur à long terme.
  • L’aversion à la perte: la réticence à se séparer d'un actif qui vaut moins sur le marché que le prix où le détenteur l'avait acheté, cela même si cette dépréciation ne fait que traduire une dégradation des perspectives de cet actif.
  • L’effet de dotation ou de statu quo : Les individus résistent au changement et montrent une préférence pour le statu quo, même si cela ne se traduit pas par un niveau accru de bien-être matériel.
  • La fixation : les individus tendent à fixer des choix de repères qui ne sont pas objectivement pertinents pour la décision à prendre. C’est ce qu’on appelle l’heuristique de reconnaissance

 

Une nouvelle appréhension des marchés: la finance comportementale

 

Face à un « hasard sauvage » qui caractérise les marchés selon Mandelbrot et les "esprits animaux" qui orientent les marchés (Akerlof et Shiller) , la finance comportementale constitue la logique la plus appropriée qui tient compte des abérrations des marchés et ses mouvements erratiques.

 

La finance comportementale fait intervenir les interactions entre la psychologie et l’économie. Elle part d’une hypothèse de base est que les investisseurs ne sont pas, au moins pour partie, rationnels, ce qui génère des biais, des travers, des anomalies sur les marchés. Sous-entendu, si nous étions parfaitement rationnels, les marchés fonctionneraient idéalement. Nous avons donc le choix entre devenir des robots ou être gouvernés par nos instincts animaux et accumuler les bulles et les krachs.

 

Taleb part d’un autre point de vue: avec lui, on reste « humain » quoi qu’il arrive, mais on s’attache à produire un effort intellectuel et critique pour se détacher de croyances, de façons de penser qui se sont accumulées et sédimentées au cours du temps, comme nous venons de le voir. Ce sont plutôt les « rationalistes bornés » (statisticiens adeptes de la courbe de Gauss, théoriciens de la finance, banquiers conformistes) qui en « prennent pour leur grade » ! Mais au moins avec cette approche peut-on espérer progresser.

 

Taleb énonce également un principe qui pourrait synthétiser les erreurs d’analyse « Notre système émotionnel est fait pour la causalité linéaire. » Citons-le in extenso : « Ainsi, si vous étudiez tous les jours, vous vous attendez à ce que les choses que vous apprenez soient proportionnelles au temps que vous passez à apprendre. Si vous avez l’impression que tout cela ne sert à rien, votre moral sera au plus bas. Cependant la réalité moderne nous donne rarement le privilège de progresser de manière satisfaisante, linéaire et positive; Mentalement et émotionnellement, nous sommes un peu trop « gaussiens » par rapport au monde, et aux réactions des autres, qui sont plus extrêmes, incompréhensibles et « fractales » qu’on ne le pense.

 

L’avenir de la prévision

 

Taleb fustige notre « arrogance épistémique » (le manque de conscience des limites de nos connaissances), signale justement que « nous attribuons nos réussites à nos compétences et nos échecs aux événements extérieurs que nous ne contrôlons pas, c’est-à-dire au hasard.

 

                                                                                                                               Signé: Amadeus

 

 

Réferences:

 

Philippe HERLIN, Finance :le nouveau paradigme

Nassim Nicholas Taleb, Le Cygne noir

Benoît Mandelbrot, Une approche fractale des marchés

Commenter cet article

Eco-Tunisie 04/11/2012 14:44


Merci Otis Bois 

Clovis Simard 26/09/2012 21:44


Blog(fermaton.over-blog.com)No.3- LOTO 649.- La signification ?

Otis Bois 13/08/2011 17:00


Je trouve votre article très intéressant car il présente un bon résumé de la nouvelle pensée en "gestion de risque". Ces nouveaux penseurs dictent un nouveau paradigme en finance.
Vous présentez d'excellents articles et j'aime bien votre blog et je le recommande à mes amis.


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