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Mots & maux

Invitation à la réflexion sur des questions profondes


Diversification de l’économie et atténuation des chocs conjoncturels (Part 1)

Publié par comite-economique-citoyen sur 24 Juillet 2011, 08:50am

Catégories : #Mes écrits

 

 

L'usage courant des termes " primaire, secondaire et tertiaire" pour distinguer trois types d'activités économiques, est devenu habituel depuis longtemps. Cependant, il est clair que ce tripartisme n'est qu'une première approximation dans la description d'une réalité infiniment plus complexe.

 

La spécialisation de l'économie, conséquence directe de la division internationale du travail, a révélé ses limites du moment où les avantages comparatifs évoluent constamment et deviennent peu défendables surtout avec le progrés technologique.

 

La concentration sectorielle, si elle est fondée théoriquement (David Ricardo hapitre VII des Principes de l'économie politique et de l'impôt), demeure vulnérable aux chocs conjoncturels exogènes qui altèrent le cycle de croissance économique d'un pays. Dès lors, la diversification sectorielle se présente t-elle comme un véritable rempart contre les chocs adverses et une stratégie de développement soutenue et durable.

 

L'objet de ce papier, est de montrer l'aptitude de la diversification de l'économie à amortir les répercussions perverses des chocs conjoncturels. Le cas tunisien nous servira comme un cadre d'application de cette problématique.

 

I)                   Les déterminants de la diversification de l'économie. 

 

On a eu longtemps une conception assez simple, pour ne pas dire simpliste, de la croissance en particulier, dans les pays en développement. Il suffisait, pensait-on couramment d'investir massivement pour obtenir une croissance rapide. Mais, n'y a t- il pas d'autres facteurs stimulateurs d'une croissance soutenue et durable?

Il serait donc utile de réfléchir sur la contribution de la diversification de l'économie comme élément inducteur de la croissance. Par ailleurs, l'examen de la politique économique tunisienne en matière sectorielle nous serait forcément utile afin de juger le niveau de diversification atteint par le système productif national. Enfin, il importe d'apprécier les relations intersectorielles induit par la diversification et ce par la mise en exergue du mécanisme de diffusion d'entraînement entre les secteurs d'activités.

 

1-Concept et principaux indicateurs

 

1.1 Définition

La diversification et la différenciation sont deux notions voisines mais qui s'apprêtent toujours à confusions. Si la différenciation s'interprète au niveau micro-économique entant que stratégie qui vise l'élargissement du portefeuille produit de l'entreprise, la diversification est plutôt, une orientation macro-économique qui s'intéresse au volet sectoriel de l'économie.

La diversification de l'économie est une orientation économique qui permet la coexistence d'une multitude de secteurs à des degrés d'importance variés favorisant la flexibilité du système productif. S'agissant d'une forme de compétitivité, la diversification de l'économie induit un élargissement de la base sectorielle permettant de consolider le tissu économique, d'approfondir les liaisons intersectorielles à travers la synergie d’ensemble et la diffusion d’externalité.

 

La diversification provoque des mutations structurelles dans la composition du produit intérieur brut au moins pour deux raisons:

 

-         L’influence de la demande étrangère.

-         La croissance endogène, avec un certain degré de dispersion, des secteurs d'activités

La diversification de l'économie, contrairement à la politique de spécialisation ne pose pas le problème de prépondérance du secteur clé qui pourrait constituer un goulet d'étranglement si, se trouvant dans l'impossibilité d'accroître sa production, il paralyse l’économie toute entière.

Mais encore faut-il que la diversification sectorielle ne dissimule pas une situation de dualisme économique qui peut se manifester à travers une subdivision de l'économie en deux principaux secteurs dont l'un moderne avec une forte intensité capitalistique, des hauts salaires et une productivité élevée et un secteur traditionnel à vocation agricole intense en main d'œuvre et à faible niveau de productivité?

Face à une situation pareille, l'Etat et les investisseurs sont désormais face à une question beaucoup plus complexe: quel secteur devrait croître ou décliner plus rapidement qu'il ne le ferait s'il était abandonné au force du marché?

2-Les indicateurs de mesure

 

La diversification de l'économie, comme tout phénomène économique, est tellement dense et variée qu'elle exige une représentation simplifiée pour en repérer les principales composantes et comprendre les relations qui les unissent..

 

a. La  structure des investissements  par  secteur  d'activité:

 

On entend par "investissement" l'activité économique qui permet l'accumulation du capital qui génère une croissance économique à long terme. Il permet également de renforcer la capacité productive de l'économie. L'allocation optimale des ressources et leurs affectations dans des projets rentables constituent la priorité en matière d'investissement. La concrétisation de cette orientation sous tend la poursuite de l'amélioration de l'investissement et l'approfondissement des reformes structurelles qui visent en dernier ressort, la concrétisation des mécanismes du marché et garantir les conditions d'efficacité et d'efficience. Cette démarche s'illustre à travers l'évolution du coefficient marginal du capital .

 

L'objectif de rentabilité et l'ordre marchand orientent les intentions d'investissement selon les secteurs. Il est évident que l'investissement augmente dans les branches d'activités qui présentent un potentiel de croissance futur et diminue dans les branches en déclin.

 

Une augmentation importante de FBCF ne doit pas être interprétée dans l'absolu, mais il faut voir sa répartition sectorielle pour savoir à qui profite cet investissement additionnel. La diversification serait donc l'aboutissement d'une politique d'investissement avec un degré de dispersion élevé qui profite à toutes les structures productives de l'économie avec un effet d'éviction moindre.

b. La  structure  du  PIB  aux  prix  du  marché:

 

Le PIB est un agrégat permettant une évaluation rigoureuse du flux de biens et services générés annuellement par l'ensemble du dispositif productif de l'ensemble des secteurs d'activités du pays. Il est déterminé comme suit:

PIB  aux  prix  du  marché  =PIB  aux  coûts  des  facteurs  + Impôts  indirects  nets  des  subventions

 

Afin de neutraliser les effets d'une variation des prix et insister sur l'effet volume, on utilise le PIB aux prix constants et ce, en évaluant les données relatives aux performances du secteur productif en recourant aux prix d'une année de base. On définit le poids d'un secteur dans l'économie par le rapport entre la valeur ajoutée du secteur et le PIB aux prix du marché.

 

c.La croissance sectorielle en terme réelle et la contribution à la croissance globale:

 

Le taux de croissance par secteur d'activité en une année (t) est le rapport entre la différence des valeurs ajoutées des années (t) et (t-1) et la valeur ajoutée en (t-1). La valeur ajoutée étant calculée aux prix constants. S'agissant de la contribution à la croissance globale, elle est calculée comme suit:

 

La  contribution  d'un  secteur  à  la  croissance  globale  =

 

(Valeur ajoutée d'un secteur x le taux de croissance du secteur) / (PIB aux prix du marché x le taux de croissance globale).

 

Le complément par rapport à 100 de la somme des contributions des secteurs donne la contribution de la fiscalité à la croissance économique.

 

Cet indicateur est très pertinent dans la croissance globale. Il est à la fois un indicateur de performance et un indicateur de diversification dans la mesure où il indique l'ensemble des secteurs qui expliquent un certain niveau de croissance.

 

d. La structure de l'emploi par secteur d'activité:

 

La répartition sectorielle des créations d'emplois est un indicateur pertinent qui reflète entre autres la performance sectorielle. Par ailleurs, seuls les secteurs en croissance permettent d'absorber une demande additionnelle. Le niveau de productivité dans chaque branche d'activité est déterminant dans la création ou la destruction de l'emploi, ce qui induit une mobilité du facteur travail entre les secteurs. Dans une économie diversifiée, il ne doit pas y avoir une distorsion dans l'allocation de ce facteur entre les branches d'activités mais la répartition des emplois doit obéir aux jeux du marché en suivant le niveau de productivité par secteur.

 

e.La structure des échanges extérieurs par secteur d'activités

 

La structure des échanges extérieurs retrace l'ensemble des mouvements des biens et services effectués avec les non-résidents. Cette structure donne un aperçu sur les différents produits ayant participé au commerce extérieur sous forme d'importation et d'exportation. Une variation de cette structure doit être appréhendée avec précaution car plusieurs facteurs pourraient intervenir dans l'explication de cette variation à savoir; l'effet volume, l'effet prix et l'effet change.

 

La structure d'exportation reflète la capacité productive du tissu économique et le degré de dynamisme de ces produits traduisant ainsi le niveau d'élargissement de la base sectorielle. Quant à la structure d'importation, elle indique l'ensemble des biens et services pour lesquels un pays se trouve dépendant vis à vis de l'extérieur.

 

II- L’économie tunisienne: spécialisation ou diversification

 

Bien que la spécialisation donne la possibilité à une économie, du fait de la concentration de ses efforts et moyens, d'augmenter et de consolider sa capacité à défendre ses avantages comparatifs sur un éventail réduit de branches d'activités, le risque d'une telle stratégie, notamment pour une petite économie est de voir ses avantages comparatifs être réversibles dans le temps et d'être plus exposée au retournement de la conjoncture économique.

 

La diversification quant à elle, présente l'avantage de doter le pays d'une marge de manœuvre et d'une flexibilité plus appréciable à travers l'exploitation d'un ensemble des secteurs permettant d'atténuer les répercussions dues au ralentissement du rythme d'évolution de certaines activités traditionnelles particulièrement, celles liées aux ressources naturelles.

 

La problématique ou, plutôt, l'arbitrage entre spécialisation et diversification économique est de rigueur en matière de positionnement compétitif non seulement sur le marché extérieur mais également sur le marché intérieur. Sur la base des développements précédents nous estimons utile d'apprécier l'orientation de l'économie tunisienne et de se prononcer sur l'évolution de ses choix sectoriels.

 

La phase (1960-1970)

 

 

Dès son indépendance, la Tunisie a prôné pour une politique socialiste où la collectivisation s'avérait le caractère attrayant. Le taux de collectivisation du secteur agricole était proche de 90%. L’Etat dominait aussi bien l'investissement et toute la structure productive; laquelle structure était restreinte aux seules activités agricole et d'exploitation minières, et partant, les exportations tunisiennes se composaient uniquement des produits agricoles et de phosphates qui totalisent 80 % des exportations des biens. La répartition de l'emploi est caractérisée par une forte concentration dans ses deux secteurs clés et qui requièrent un faible niveau de qualification.

 

Cette phase socialiste a été marquée par une hausse rapide du taux d'investissement sous l'impulsion de l'Etat. En effet, les investissements ont concerné en grande partie, des projets industriels surdimensionnés qui ont révélé outre leurs incapacités à être compétitivités sur les marchés extérieurs, ont entraîné un surendettement marquant ainsi l'échec de l'expérience socialiste, et partant, l'Etat tunisien a décidé de réviser sa politique économique.

 

La phase (1970-1993)

 

 

L'expérience socialiste fut brutalement abandonnée et partant un changement de la politique économique a été opéré au début des années 70 en faveur d'une orientation libérale qui a conféré une plus large place à l'initiative privée.

 

Cette phase a vu l'adoption de lois pour promouvoir les industries manufacturières et les investissements étrangers, la loi n°.72-38 instituant le régime Off-Shore et la création du fond de promotion et de décentralisation industrielle.

 

La nouvelle politique accordait plus d'importance aux industries de transformations à savoir le textile, l'habillement le cuir et les industries alimentaires. Il est à noter que l'économie tunisienne, durant cette phase, était faiblement diversifiée. On assistait à un recul de la position de l'agriculture quelque peu négligée au cours de la décennie 70, par contre les hydrocarbures ont connu un développement soutenu suite à une conjoncture internationale favorable, si bien que les exportations ont été de l'ordre de 56,2 % par rapport aux exportations des biens en 1980 et 26,5% en 1970. La part des hydrocarbures dans la valeur ajoutée pendant cette phase varie autour d'un niveau de 5%.

 

S'agissant du tourisme, il a connu un développement similaire grâce à l'aisance financière qui a découlé de deux chocs pétroliers. Cette activité qui a atteint le cap de 5% du PIB en 1986 et partant, le tourisme a contribué le plus aux exportations des services.

 

Cependant, à partir du début des années 80 et suite au retournement défavorable de la conjoncture internationale, caractérisée par des difficultés économiques dans les pays de l'OCDE. La Tunisie a commencé à connaître, à son tour des difficultés aiguës, aggravées d'ailleurs par la sclérose de ses institutions politiques.

Pour combler cet état de fait, la Tunisie a adopté sous l’égide de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International un plan d'ajustement structurel (PAS). Les mesures prises dans le cadre de PAS s’articulent autour de la libéralisation de la plupart des prix, la privatisation de certaines entreprises, la promulgation d’une législation sur les conditions de la concurrence, la libéralisation des importations, l'abaissement des tarifs douaniers et la libéralisation de l'acte d'investir.

Il est à remarquer que pendant cette phase certaines branches ont connu une certaine relance comme le transport et la communication (29% de FBCF totale) aussi le tourisme qui a affiché le taux le plus élevé en termes de formation brute de capital fixe soit 30,5% avec une contribution moyenne de 5,4% dans la croissance globale. Toutefois, l'agriculture était en dégradation suite aux chocs climatiques de 1988 et 1989 avec un faible niveau d'investissement (12%) et le recul des industries non manufacturières dans la composition du PIB.

 

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En termes de contribution au taux de croissance globale, le secteur des services a enregistré une partipation de (191%), le secteur agriculture & pèches (88.4%) et les industries manufacturières (61.37%).

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 La structure d'emploi par secteur a suivi les performances enregistrées par les structures de production. Ainsi, la répartition d'emplois caractérise un pays à un stade de développement intermédiaire où la création d'emploi est concentrée aux secteurs agricole et aux services.

 

Quant à la structure de commerce extérieur, elle révèle une certaine diversification des exportations mais à se basant sur une main d'œuvre peu qualifiée et une production à faible contenu technologique.

La phase (1994-2000 et plus)

 

Cette phase est particulierement marquée par l'émergence croissante des industries de transformation, le textile et les industries mécaniques et électriques, ainsi que les services marchands, notamment le tourisme, le secteur des transports et de communication et les services financiers. En revanche, des secteurs traditionnels comme les mines et les hydrocarbures perdent de l'importance en termes relatifs.

 

Le secteur d'agriculture et pêche connaît une relance en matière d'investissement bien que la part du FBCF allouée à ce secteur soit de l'ordre de 20% en 2000 avec une progression de cinq points de pourcentage par rapport à son niveau en 1994.

 

La valeur ajoutée de ce secteur demeure stable pendant la période 1994-2000 à un taux de 12,7%. La contribution du secteur en question devient positive ( 7 % ) alors qu'elle était de -16,8% en 92-96 et -22,4% au cours de la période 87-91.

4.jpg

 

L'industrie manufacturière connaît un développement soutenu. Le poids de ce secteur dans le PIB se situe aux alentours de 18,5% avec une contribution d'environ 20% dans le taux de croissance et un taux moyen de création d'emploi de l'ordre de 28%. La branche textile se présente comme une activité émergente, elle accapare 24% du FBCF des industries manufacturières et 5,1% du total investissement en 2000.

 

5.jpg

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III- Les relations intersectorielles et la croissance économique en Tunisie

La diversification de l'économie est un stimulant primordial d'une croissance économique soutenue et durable. La diversification en tant que stratégie de coexistence sectorielle contribue à la croissance de la valeur ajoutée globale, qui est une moyenne pondérée des taux de croissance sectorielle, et ce en exploitant les relations intersectorielles qui réagissent mutuellement par le biais de l'effet d'entraînement et l'effet de réallocation des facteurs.

 

L'effet d'entraînement intersectoriel.

 

L'effet d'entraînement intersectoriel (F.Perroux " l'effet d'entraînement: de l'analyse au repérage quantitatif ", revue d'économie appliquée)est l'ensemble des actions par lesquelles la variation du taux de croissance de la valeur ajoutée ou de la productivité d'un secteur, entraîne la variation du taux de croissance de la valeur ajoutée ou de la productivité d'un autre secteur sans que la réciproque soit vraie ou sans qu'elle soit de la même intensité . L'intensité de cet effet est inégale selon les secteurs, la décomposition permet de mesurer le degré de contribution de chaque facteur à la croissance globale ce qui revient à identifier les facteurs qui ont été inducteurs de cette croissance.

 

La décomposition de l'ensemble des secteurs coexistants au sein de l'économie dégage deux catégories de secteurs;

Des secteurs entraînants, c'est à dire ceux pour lesquels l'accroissement de l'activité provoque un accroissement de la demande des produits des autres secteurs et donc stimule la production,

Des secteurs entraînés dont la défaillance provoque un goulet d'étranglement susceptible de freiner la croissance globale.

Le mécanisme qui permet la diffusion de l'entraînement entre les secteurs consiste en plusieurs effets combinés que l'on peut décomposer en effet de dimension:

Soit par la demande additionnelle,

 

Soit en réduisant, par l'offre additionnelle, les goulets d'étranglements dont le secteur peut éventuellement souffrir; si la croissance du secteur " bâtiment et génie civil " est, par exemple, freinée par les disponibilités en ciments (comme c'était le cas en Tunisie en mai 2001) l'accroissement de l'offre du ciment fournit par l'industrie des matériaux de constructions réduit cet étranglement et confère un surcroît de croissance au secteur de bâtiment. Toutefois l'efficacité de ce mouvement de propagation implique l'existence antérieure d'une production suffisante des "ciments", sans quoi les fuites sous forme d'importation augmentent et par conséquent l'effet d'entraînement intersectoriel sera nul.

 

L'effet d'entraînement par les revenus : qui sont représentés par les salaires et profits que l'on inscrit dans le cadre des valeurs ajoutées sectorielles. L'accroissement de la production du secteur entraînant donne lieu à une distribution des revenus;

 

dont une partie sera consacrée à l'investissement (achat des biens d’équipements) induisant un effet d'entraînement des autres secteurs essentiellement dans le cadre d'un circuit direct d'entreprise à entreprise,

 

Et une autre partie sera consacrée à la consommation suscitant un effet d'entraînement des autres secteurs essentiellement par l'intermédiaire de la demande des ménages.

L'entraînement par l'exportation est envisagé :

 

 lorsque l'accroissement des exportations d'un secteur ouvre des nouvelles possibilités d'exportations à d'autres secteurs (synergie commerciale),

 

Ou bien lorsque l'accroissement des profits d'exportation dans un secteur est investi dans les autres secteurs qui lui sont inter- reliés.

 

La connaissance des secteurs entraînants et la détection du canal de propagation constituent un exercice fondamental pour tout décideur économique soucieux d'une croissance économique durable.

 

Pour le cas de l'économie tunisienne, il ressort des données du tableau de décomposition des sources de croissance sectorielle que la croissance globale a été majoritairement tirée par l'impulsion intérieure et l'effet exportation. En effet, sur l'ensemble de la période 1972-1990 l'effet de la demande locale était notable mais on décèle une nette tendance à la baisse expliquée essentiellement par le jeu des incitations et l'évolution de la rente pétrolière d'une phase d'accroissement à une phase de contraction.

 

Depuis l'adoption du PAS, l'entraînement sectoriel est induit par l'effet exportation qui est de plus en plus déterminant dans la croissance des tous les secteurs, avec en particulier;

 

un accent très prononcé dans les industries manufacturières,

 

Une impulsion notable dans les activités de services autres que le tourisme, on relèvera à cet égard la sensibilité accrue d'activités clefs comme les Transports, les Télécom., le commerce et les services financiers pour la demande extérieure, entretenue, en partie par les effets indirects de la croissance (transactions intersectorielles) induits par les autres activités exportatrices. De ce fait les services tendent à assurer un rôle de soutient pour l'extraversion des autres activités productives.

Sur l'ensemble de la période post- ajustement, les marges de croissance inter sectorielles enregistrées sont induites par l'intégration en aval, notamment dans les secteurs des matériaux de constructions de céramiques et verres, les industries diverses et dans une moindre mesure la chimie. La croissance du secteur de la chimie est tirée en partie par l'entraînement intra-branches mais l'effet de diffusion ne comporte qu'une faible dispersion intersectorielle. Quant au secteur textile, il était tiré par la demande locale et l'effet demande extérieure n'a joué qu'à partir des années 80 en plus le degré d'intégration en amant est de plus en plus faible aussi avec une ampleur de diffusion intersectorielle restreinte.

 

S'agissant des Industries Mécaniques et Electriques, la vocation extérieure de ce secteur s'affirme clairement depuis les années 80. Cependant la fonction production du secteur devient à l'instar des textiles de plus en plus dépendante des inputs importés, l'effet de fuites altère la portée de l'effet d'expansion précité mais la structure de diffusion de l'entraînement intersectoriel est assez dispersée.

 

A l'issu de ce développement, il ressort les enseignements suivants;

 

L'effet d'entraînement est un élément majeur de la consolidation du tissu économique tunisien. La synergie sectorielle en Tunisie s'affirme de plus en plus mais l'intensité et le degré de diffusion d'entraînement intersectoriel change d'une période à une autre.

 

La décomposition des sources de croissance sectorielle montre que la majorité des secteurs suivent un schéma presque identique en terme de source d'entraînement, en premier lieu la demande locale puis l'effet d'intégration en amant ou en aval et en dernier volet la demande étrangère.

Si l'effet d'entraînement constitue un stimulant pour la croissance sectorielle, qu'en est-il alors pour l'effet de réallocation des facteurs?

 

L'effet de réallocation des facteurs de production.

 

La diversification de l'économie contribue à l'efficacité économique à travers la mobilité des facteurs (capital et travail) entre les secteurs d'activités, essentiellement des secteurs abrités aux secteurs exposés.

Une réallocation efficace est un facteur important de l'amélioration de la productivité globale. Cet effet passe par la réallocation du travail et du capital à des secteurs où la productivité est relativement élevée.

En terme analytique l'effet de réallocation total est égal à la somme des effets de réallocation de chacun des facteurs pondérés par les élasticités respectives de la valeur ajoutée par rapport à chacun des facteurs ( βi ).

 

6.jpg

 

g ui et   g γi sont  respectivement  les  taux  de croissance de la part du capital du secteur (i) dans le capital total et de la part de l'emploi su secteur (i) dans l'emploi total.

 

 

Empiriquement on appréciera la contribution de l'effet de réallocation sur la productivité globale en Tunisie et par conséquent sur la croissance économique en longue période en se basant sur les données macro-économiques de l'Institut d'économie quantitative .

 

Pour se faire on va décomposer l'effet total en effet de réallocation du travail et en effet de réallocation du capital tout en considérant tout au long de l'analyse quatre secteurs d'activités;

-         l'agriculture et pêche,

-         l'industrie manufacturière,

-         l'industrie non manufacturière,

-         les services.

 

Pour l'économie tunisienne, l'effet de réallocation de travail a atteint son maximum dans les années 80, mais il a chuté pendant la décennie 90. Ce repli s'explique en partie par la réduction des écarts de productivité du travail entre secteurs, ce qui diminue les incitations à la mobilité. On remarque, que l'effet de réallocation du travail influence la productivité ce qui permet de contribuer à la croissance. En terme sectoriel, on explique l'effet de réallocation par la chute de la part de l'agriculture dans l'emploi au bénéfice de l'industrie et les services où la productivité de travail est beaucoup plus élevée. L'effet de réallocation a joué grâce au tertiaire dont la part dans l'emploi s'est élevée de 27% à 40,5% or la productivité du travail y est beaucoup plus élevée que dans l'agriculture et il est clair que la première source de productivité liée à l'effet de réallocation est ce transfert de main d'œuvre de l'agriculture vers le tertiaire. Cette situation est liée à la prépondérance du secteur des services dans l'économie tunisienne, 40% du PIB en 1961, 37,5% en 1993 et 41% en 2000, et liée également à l'importance de l'écart de productivité entre ce secteur et l'ensemble des autres secteurs. Qu'en est-il alors de l'impact de la réallocation du capital sur la productivité globale et sur la croissance économique.

 

Le facteur capital contribue à la croissance économique via une réallocation efficace comme le montre le tableau suivant:

Toutefois la réallocation du facteur capital ne s'est affirmée comme stimulant de la PGF qu'à partir de 1987 (l’effet est constamment positif pendant la dernière période) on peut expliquer ce constat par l'importance du stock capital engagé par l'Etat depuis les années 60 mais la logique a changé avec le PAS qui a fait davantage prendre en compte le critère de rentabilité du capital. Compte tenu de deux effets; il est clair que l'effet total est positif ce qui nous laisse admettre l'importance de la réallocation factorielle entre les secteurs dans l'accroissement de PGF et par conséquent à la croissance économique.

 

 

gui et   g γi sont  respectivement  les  taux  de croissance de la part du capital du secteur (i) dans le capital total et de la part de l'emploi su secteur (i) dans l'emploi total.

 

Empiriquement on appréciera la contribution de l'effet de réallocation sur la productivité globale en Tunisie et par conséquent sur la croissance économique en longue période en se basant sur les données macro-économiques de l'Institut d'économie quantitative .

 

Pour se faire on va décomposer l'effet total en effet de réallocation du travail et en effet de réallocation du capital tout en considérant tout au long de l'analyse quatre secteurs d'activités;

-         l'agriculture et pêche,

-         l'industrie manufacturière,

-         l'industrie non manufacturière,

-         les services.

 

Pour l'économie tunisienne, l'effet de réallocation de travail a atteint son maximum dans les années 80, mais il a chuté pendant la décennie 90. Ce repli s'explique en partie par la réduction des écarts de productivité du travail entre secteurs, ce qui diminue les incitations à la mobilité. On remarque, que l'effet de réallocation du travail influence la productivité ce qui permet de contribuer à la croissance. En terme sectoriel, on explique l'effet de réallocation par la chute de la part de l'agriculture dans l'emploi au bénéfice de l'industrie et les services où la productivité de travail est beaucoup plus élevée. L'effet de réallocation a joué grâce au tertiaire dont la part dans l'emploi s'est élevée de 27% à 40,5% or la productivité du travail y est beaucoup plus élevée que dans l'agriculture et il est clair que la première source de productivité liée à l'effet de réallocation est ce transfert de main d'œuvre de l'agriculture vers le tertiaire. Cette situation est liée à la prépondérance du secteur des services dans l'économie tunisienne, 40% du PIB en 1961, 37,5% en 1993 et 41% en 2000, et liée également à l'importance de l'écart de productivité entre ce secteur et l'ensemble des autres secteurs. Qu'en est-il alors de l'impact de la réallocation du capital sur la productivité globale et sur la croissance économique.

 

Le facteur capital contribue à la croissance économique via une réallocation efficace comme le montre le tableau suivant:

Toutefois la réallocation du facteur capital ne s'est affirmée comme stimulant de la PGF qu'à partir de 1987 (l’effet est constamment positif pendant la dernière période) on peut expliquer ce constat par l'importance du stock capital engagé par l'Etat depuis les années 60 mais la logique a changé avec le PAS qui a fait davantage prendre en compte le critère de rentabilité du capital. Compte tenu de deux effets; il est clair que l'effet total est positif ce qui nous laisse admettre l'importance de la réallocation factorielle entre les secteurs dans l'accroissement de PGF et par conséquent à la croissance économique.

 

En guise de conclusion préliminaire, nous avons essayé de définir en premier lieu, la politique de diversification de l'économie en tant que stratégie d'élargissement de la base sectorielle et l'une des conditions de compétitivité internationale au vu du rapport de compétitivité mondiale de 1995. Par ailleurs, le niveau de formation brute de capital fixe sectorielle, la contribution à la croissance économique, la création d'emploi par secteur et la structure des échanges commerciaux avec l'extérieur par secteur d'activité constituent les principaux indicateurs qui renseignent sur le niveau de diversification d'une économie. Ces indicateurs, appliqués au contexte tunisien, nous ont permis de juger la politique sectorielle adoptée dans les plans de développement. Deux enseignements se dégagent d'une telle analyse:

 

 

En Tunisie, la diversification a suivi un processus séquentiel,

 

Aussi, le PAS a constitué le point d'inflexion en matière de changement d'optique de développement. En effet, il a permis la rupture avec la spécialisation ou la dépendance accrue aux ressources naturelles essentiellement les hydrocarbures.

 

 

Enfin, nous avons estimé utile d'examiner les relations intersectorielles à travers l'effet d'entraînement et la réallocation des facteurs de production qui permettent la diffusion des externalités de croissance et de hisser la valeur ajoutée sectorielle à un niveau soutenue et durable. Une question qui pourrait être posée à l'issu de cette première partie: quel serait le bien-fondé de la diversification de l'économie outre le souci de croissance économique?


 

 

 

Contribution à la croissance (%)

 

 

80-86

87-90

91-94

 

 

 

 

Travail

41,9

27,1

41,1

Capital

72,4

17,9

33,3

PGF

-14,3

55,1

23,6

 

 

PGF: Productivité globale des facteurs:

source: IEQ

 

 

Contribution à la croissance (%)

 

 

80-86

87-90

91-94

 

 

 

 

Travail

41,9

27,1

41,1

Capital

72,4

17,9

33,3

PGF

-14,3

55,1

23,6

 

 

PGF: Productivité globale des facteurs:

source: IEQ

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